Après des guerres séculaires, les peuples d'Initium s'accordent enfin une paix relative. Pourtant, tapie dans l'ombre, une menace pèse ...
 
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 Au delà du chantier [Fermé]

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Mihaïl Guren
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MessageSujet: Au delà du chantier [Fermé]   Sam 8 Déc - 1:13

Le soleil était à son apogée et noyait même les recoins les plus encaissés et les ruelles étroites dans son rayonnement aveuglant. L'heure n'était pas aux ombres qui guettaient la venue de la nuit: le quartier des Embrassées était nu face à l'astre de feu. Exposé ainsi sans les ténèbres et la brûme pudique, une part de sa tension, du sentiment de danger constant qui y régnait s'évaporait. Et la misère sordide du lieu sautait aux yeux sans égards pour la sensibilité. Les tas d'ordures innommables se répandaient dans la rue, se melant aux flaques boueuses qui maculaient les pieds des passants.

Exacerbée par la chaleur, l'odeur aggressait sans cesse le flair sensible de Mihaïl, au point qu'elle voyait par instant sa vision s'obscurcir et son équilibre flancher. Les relents acides, irritants de l'urine croupie se mélaient à ceux des déjections accumulées. C'était tout simplement le contexte olfactif le plus atroce qu'elle ait jamais subi, et l'habitude n'y faisait rien: son nez ne s'affaiblissait pas. Fréquemment, une autre odeur venait chatouiller ses narines étroites, lui brouillant l'estomac. Fade, vaguement sucrée, doucereuse: l'odeur de la mort. Les cadavres étaient poussés hors du passage, mais personne ne se donnait la peine de les brûler: animaux crevés, et quelques fois, êtres doués de conscience. Nul ne songeait donc à leur offrir une sépulture décente? Non, ici personne ne regardait plus loin que sa propre survie.

Enfin, c'était comme ça partout: au mieux on se préoccupait de ses proches. Proches? C'est à dire ressemblants. Les gens en avaient une conscience plus ou moins élargie, mais à l'évidence elle était beaucoup, beaucoup trop différente pour pouvoir appartenir au cercle de considération de quelqu'un. Seule, elle devait assumer son sort. Voilà pourquoi elle était là, sur ce chantier, dans la poussière, à l'heure de la chaleur la plus accablante, à soulever des charges énormes sous les aboiements d'un contremaître hargneux. Le poids en lui même, n'était rien pour ses deux mètres soixante-dix de muscles d'acier. Non, c'était de supporter ce soleil qui la cuisait sur place, et la foule d'odeurs qui lui tournaient la tête, dont elle était lassée. Elle sentait que la sécheresse faisait se craqueler sa peau rendue grise par la poussière.

Elle s'était demandé, en quittant le marais de Glargörl, combien de temps elle vivrait. Après tout, dans sa patrie, les pluies corrosives rongeait la peau durant toute la vie, et ce long processus de mort finissait par aboutir après une cinquantaine d'années pour certains, jusqu'à soixante-dix pour les plus anciens... Sans cette destruction progressive, les gorgoroths vivaient-ils davantage? Etaient-ils immortels? A présent elle était convaincue que non: l'absence d'humidité dans l'air semblait à terme aussi préjudiciable à sa peau que l'acide. Quelque part, c'était rassurant: une inconnue de moins dans sa nouvelle existence.

"Regarde ce que tu fais, espèce de sac à boursoufflures!" hurla l'ansurien qui maniait le fouet à double lanière, retroussant ses lèvres sur les chicots noirs qui lui tenaient lieu de dentision.

La lanière siffla au ras de son épaule. Il l'aurait touchée, elle n'aurait rien senti. Mihaïl se retourna d'un bloc. Le type aggripait son instrument de torture comme une pioche qui aurait menacé de le mordre: l'incertitude affolée de sa réaction le disputait à la haine pure dans ses yeux exorbités.

Elle se pencha pour reposer la charpente qu'elle avait pris par erreur au pieds du contremaître, puis le contourna tranquillement pour se saisir des matériaux qu'il lui avait demandé. Même sans le regarder, elle sentait l'hostilité furibonde qu'il dégageait. Il enrageait de sa façon de l'ignorer, comme si cela avait été une révolte. Mais dans le fond, c'est sa propre peur qui devait l'angoisser. Elle était soumise, que pouvait elle faire d'autre? Il était comme un chien hargneux prêt à mordre ses chevilles dès qu'elle lui en donnerait l'occasion: il ne cherchait que le conflit. Mais cette occasion, il ne l'aurait pas. Ca n'arrangerait rien de rendre les choses plus violentes, mieux valait ignorer, encore et toujours, jusqu'à ce que ça passe.

Et ça n'allait pas tarder à passer. C'était la dernière fois qu'elle bossait là comme une bête de somme. Il n'y avait pas d'issue à cette façon de vivre, il fallait aller voir ailleurs, essayer autre chose. Lorsque le soleil déclinerait au point de passer derrière les façades aveugles, elle irait récupérer auprès du chef de chantier sa paye de la semaine, puis se barrerait de ce trou puant. Définitivement.

"Tu ne sais vraiment pas y faire", lança une voix trainante, dans son dos. "Ce truc a peut-être des muscles de taureau, mais c'est une femelle. Les femmes n'ont pas de couilles, mon gars. C'est rien d'autre qu'une grosse vache placide et bornée!"
Un vague titillement dans le dos attira son attention: le jeune ansurien qui avait pris la parole l'astiquotait avec le fouet qu'il avait arraché des mains du contremaître. Mihaïl s'appliqua à poursuivre sa marche lourde et constante.
"Tu crois pas que tu pourrais te bouger le cul? Cracha-t-il vulgairement. Me fait pas croire que tu n'es pas capable d'une meilleure cadence! Je te paye pas pour faire bronzer tes cicatrices!"
Il commenca à faire claquer son fouet entre ses deux pieds, la génant plus qu'autre chose. Il ne fallait pas trébucher. Accelérer, vite. Impossible de tout gacher à présent. Secouant le sol, elle allongea ses enjambées. Bien sûr qu'elle ne se donnait pas à fond, mais on n'avait jamais semblé le demander jusqu'alors, d'ailleurs, les autres ouvriers peinaient déjà à suivre son rythme. Les jambes épaisses qui s'abattaient près de lui ne semblaient pas effaroucher le chef du chantier, qui s'arrêta cependant sur une butte pour regarder ses allers-retours au pas de course. Ses injonctions, parfaitement inutiles, s'accompagnaient d'un petit sourire cruel.
"Plus vite, gros tas, plus vite! Prends ces poutres là et transporte les à l'autre bout là bas, vers la fosse! Ben qu'est-ce que t'attends? Oui, vers la fosse!"
Après son hésitation, elle obéit, sachant pertinemment que ces poutres n'avaient rien à faire là bas et que tout son effort était parfaitement vain. Mais c'était son entreprise qu'il sabordait en perdant ce temps, elle elle travaillait durant le temps imparti pour avoir sa paye, et que son travail serve à quelque chose ou non, ça lui était bien égal. Le soleil commençait à décliner lorqu'elle acheva le transport des poutres. Elle se tourna vers l'ansurien qui la dominait du haut de sa butte. Les instructions ne se firent pas attendre:
"Bon, maintenant tu vas me les ramener là où tu les as prises. Et rapidement: tu dois terminer avant la fin de la journée."
Ce qui la blessa, c'était l'importance qu'il accordait à se moquer d'elle. Ce n'était pas juste un travail plus ou moins dur, mais une humiliation. Elle se promit de lui montrer de quoi elle était capable, et transporta de nouveau les lourdes poutres de bois dans le sens inverses avant même que l'heure de la cloche n'arrive. Il s'approcha d'elle.
"Tu crois quoi, grosse brute golgoroth? Que je vais te payer pour trimballer des poutres d'un bout à l'autre du terrain? T'as un grain ou quoi? Qu'est-ce qui t'as pris de les amener là-bas?"
Sa mauvaise foi l'écoeura. La fatigue faisait résonner dans son crâne un bourdonnement brûlant. Elle laissa tomber les dernières poutres sur le sol, puis se retourna, bras balants, et jetta dans les yeux de son oppresseur son regard harrassé. La lueur de ses yeux blancs sans paupières, enfoncés dans ses orbites creuses et noires, faisait pâlir la plupart des gens qui croisaient son regard, mais l'ansurien n'était pas de ceux là. Aucune peur ne transparaissait dans son attitude, comme si il l'avait tellement bien compris qu'il savait que jamais elle ne lui ferait de mal. Mais si il devinait si bien ce qu'elle ressentait au fond d'elle, pourquoi la tourmenter ainsi? La réponse, elle la connaissait, mais ne pouvait pas comprendre. Il s'acharnait justement parce qu'il la savait sensible et faible.
"C'est quoi ce regard? Tu te crois spoliée? Ecoute-moi bien sale monstre, ici les créatures dans ton genre n'ont aucun droit. Une bête comme toi est payée comme un rien et prend le travail de dix braves ansuriens! C'est de votre faute si c'est la misère ici, que mon peuple trouve pas de travail et crêve de faim!"
Autour les ouvriers amassés par le scandale regardaient comment elle allait réagir, certains avides d'une explosion de violence, haineux, satisfaits, ou bien gênés.
"C'est vous qui m'avez employée" rétorqua Mihaïl de sa voix rauque et profonde, sur le ton du constat.
La remarque, malgré sa justesse, ne sembla pas susciter l'indignation des ouvriers. Quelques uns détournèrent les yeux d'un air géné mais aucun n'osa prendre sa défense. C'était injuste, mais ils ne voulaient pas se faire virer et être grillés dans la profession... Et puis c'était juste un golgoroth. Les agités menèrent le mouvement, les indécis les imitèrent sans trop se poser de questions, quelques uns restèrent cois, jusqu'à ce qu'une pierre fuse et rebondisse sans dommage sur la tempe de la golgoroth.
"Dégage!"
"On veut pas de races inférieures par ici!"
"Retourne dans ta fange, espèce de monstre hideux!"
Après avoir jetté un regard sur les faces hostiles qui l'entouraient, elle reporta son attention sur le visage sardonique du jeune ansurien qui s'était joué d'elle.
"Donnez-moi mon salaire des autres jours" réclama-t-elle à voix basse, faisant un trait la paye du jour.
Le sourire disparut pour mettre à jour une hostilité méprisante. Provocateur, il leva le menton et de faire fuser d'entre ses dents un crachat qui atterrit aux pieds de l'immense golgoroth.
Mihaïl contempla un instant de plus sa cruauté en face, puis lui tourna le dos et s'éloigna de sa marche pesante sous les quolibets et les ricanements de la foule. Elle aurait pu porter plainte, mais elle n'en savait rien. Arenne lui semblait un univers barbare et sans justice.

Elle récupéra ses maigres effets personnels dans le hangar qu'on leur avait attribué pour se loger le temps des travaux. Au moins on ne lui avait rien volé. Pour ça il aurait fallu qu'elle ait quelque chose qui ait une quelconque valeur. Ce n'était pas sa vielle épée émoussée et rouillée qui risquait d'attirer les convoitises. Elle tira de son casier une forme oblongue et ouvrit le parapluie avant de le secouer pour en déloger la poussière. D'un air pensif, elle passa sa main sur la peau ambre finement nervurée qui servait de toile. Puis elle le referma d'un coup sec et passa la bandoulière de son sac par dessus son épaule. Elle sortit dans la rue plongée dans l'obscurité, une main posée sur la garde de son hachoir géant. Elle doutait que quelqu'un de sensé s'en prenne à un golgoroth, mais on n'est jamais trop prudent. Il était temps de devenir combative, si elle ne voulait pas se faire exploiter toute son existence. Donc travailler pour son propre compte. Et tout ce sur quoi elle pouvait compter, c'était sa force. C'est pourquoi elle avait pris la décision de se faire guerrière.


Dernière édition par le Mar 1 Jan - 21:58, édité 1 fois
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Sid Algareth
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MessageSujet: Re: Au delà du chantier [Fermé]   Sam 15 Déc - 1:23

- Oh, non...non, non, non, non!!
Sid poussa plusieurs jurons, fouilla une nouvelle fois toutes ses poches et son sac à dos, puis laissa mollement retomber ses bras le long de son corps.
* On m'avait prévenu, pourtant...*
Le Quartier des Embrassées, le domaine des malfrats et des voleurs de la ville d'Arrène, venait de pièger un de ces voyageurs encore naïfs. Sid s'était fait voler sa bourse.
* Heureusement que j'ai déposé la majeur partie de mon argent à la banque...Mais quand même, trente écus...et une belle bourse en cuir. La prochaine fois, j'en prendrais une moche. *

Il venait de rentrer de sa quête à Fil-Droit et en avait tiré de bonnes compensations, mais il était de nouveau sans travail... Il avait décidé d'arpenter le Quartier des Embrassées dans l'espoir de se faire embeaucher dans un groupe de mercenaires, ou alors de tomber sur une annonce, mais il n'avait rien trouvé -bien au contraire.

Des éclats de voix attirèrent son attention. Il détourna la tête, et remarqua un étroit chantier, coinçé entre deux bâtiments. Il s'engouffra dans la ruelle, par curiosité; peut-être pourrait-il se faire un peu d'argent...Il avait le projet de voyager jusqu'à Mélandre, pour poursuivre sa découverte des vastes terres d'Initium, et mieux valait partir avec des fonds corrects pour un tel parcours.
Il s'avança vers les ouvriers qui, semblait-il, étaient en proie à un fou rire général. Pour des raisons que Sid ignoraient, ils étaient tous tournés vers un petit hangar. Il se planta devant la foule en tournant le dos au petit bâtiment, et ne vit pas la source de toutes ces moqueries en sortir.

- Bonjour.
Soudain, tous les rires se turent en même temps. A présent, on le dévisageait.
- Euh...je cherche un travail...vous auriez un poste à...
- On pas de travail pour les Eycorchés.
- Pardon?
demanda-t-il en s'efforcant de prendre un air poli. Peut-être avait-il mal compris.
- Ici, on accèpte pas les monstres.
- Les m...Quoi?!

Cette fois, c'était la stupéfaction qui se lisait sur son visage. Il avait déjà eu à subir ce genre de remarques lorsqu'il habitait à la Cité Célèste, mais il avait glissé dessus car il avait bien conscience d'être indésirable parmi ce peuple qui l'avait aceuilli. Mais cette fois, c'était différent.
- Dégage, lança férocement l'un des ouvriers.
- On veut pas de toi! Eycorché, peuple maudit!
L'un d'eux cracha à ses pieds. Sid lui décocha un coup de poing dans l'arcade.

Un silence pesant s'installa, pendant lequel tout le monde regarda l'ansurien s'affaler au sol. Lentement, les reagrds se tournèrent vers Sid, qui avait levé les deux poings, bien décidé à donner une leçon à ces sales racistes. Il décrivait de larges cercles pour ne pas se laisser encercler par la dizaine d'ouvriers qui l'observaient d'un air menaçant, et qui eux aussi avaient levé les poings.
Le premier s'avança et balança un large crochet du gauche que Sid n'eut aucun mal à esquiver en se baissant. Il contre-attaqua d'un uppercut à l'estomac, passa dans son dos, posa son pied dans l'articulation de son genou, ce qui fit tomber son adversaire, joignit les mains et lui assèna un coup dans la tempe.
Il se retourna juste à temps pour voir venir la scie qu'il évita de justesse. Il attrappa le poignet de l'Hellbereth qui la tenait et le tordit violemment. Mais l'homme ne se laissa pas abattre aussi façilement, et lui balança un coup de genou dans les côtes qui lui coupa le souffle. Il tutuba quelques instants, mais lorsqu'il releva la tête, il reçut un violent coup de poing en plein visage qui le projeta au sol.
Il roula par terre en se releva, mais sauta aussitot sur ses mains d'un bond en arrière pour éviter une large coup de massue. L'ouvrier, emporté dans son élan, frappa en plein poitrine son comparse et l'on entendit ses côtes se casser sous le choc.

Soudain, il reçut un terrible choc dans l'épaule et s'afaissa. Quelqu'un s'était glissé derrière et lui avait assèné un coup de marteau.
L'homme avait déjà levé le bras pour frapper encore une fois...
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Mihaïl Guren
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MessageSujet: Re: Au delà du chantier [Fermé]   Sam 15 Déc - 19:20

Surprise par l'intensité des éclats de voix qui lui parvenaient, Mihaïl se retourna en direction du chantier d'où elle venait. Avec la distance et l'obscurité, elle ne distinguait pas bien ce qui se passait, car de toute évidence il se passait quelque chose. Narines frémissantes, elle se dressa de toute sa hauteur, hésitant sur la conduite à tenir. La brise nocturne qui s'était levée lui semblait chargée d'animosité, et un hurlement traversa l'espace. Sa peau élastique fut parcourut d'un frisson angoissé. Un combat.

Elle ne voulait plus se frotter aux ouvriers. A grand prix, elle avait évité les conflits jusqu'alors, ce n'était pas pour faire demi-tour maintenant. Quel que soit les raisons de cette bagarre, ça ne la regardait pas.

Elle s'approcha pourtant, aussi discrètement qu'elle pouvait avec sa taille, mue par une impulsion irraisonnée. Ca n'avait rien d'une simple bagarre, un ansurien se tordait au sol, aggripant sa cage thoracique en tentant de remplir ses poumons d'air, un plus petit, étourdi par un coup, avait le regard vague, tourné vers elle, mais ne semblait pas en état d'avertir les autres de sa présence. Et surtout, la dizaine d'individus encore vaillants brandissait des armes menacantes quoi que disparates: scie, planche faisant office de massue, pioche... D'un élan de violence désorganisé, ils faisaient à présent cercle autour de leur victime, les plus tièdes encourageant leurs compagnons armés. Un bras puissant leva un marteau, prêt à fracasser le crâne de la silhouette affalée dans la poussière du chantier.

Elle eut le temps de voir une aile noire, crochue, dans son dos. Pas ansurien. Le contact froid du métal dans sa paume la traversa comme une décharge. Elle tira l'épée de sa ceinture, ouvrant grand sa gueule, fit sortir de ses entrailles un rugissement strident, et se propulsa de toutes ses forces vers le type qui amorçait son coup mortel. Tout était flou sauf ce point de son champ de vision, elle hurlait toujours, et le martelement de ses enjambées faisait trembler la terre.

Le chef du chantier vit Zek interrompre son geste et fixer, bouche béante, quelque chose dans son dos. S'apprétant à se foutre de sa gueule _avait-il pitié d'un eycorché?_ il entendit seulement alors le son affreux qui lui fit ravaler ses paroles acerbes. Saisi d'une montée d'adrénaline, il pivota d'un bloc pour voir émerger des ténèbres le corps noir et luisant d'un golgoroth en train de charger. La gueule ouverte du monstre laissait échapper d'entre ses dents longues et aigues le cri le plus flippant qu'il ait jamais entendu. La calme créature qu'il avait agacée dans l'après midi révélait sa véritable nature: une brute assoiffée de violence. Il savait bien que quelque soit l'air civilisé que prennent les êtres inférieurs, ils restaient dangereux. Il fallait s'en débarasser. Mais là, il n'était pas de taille... Retrouvant soudain l'usage de ses jambes, il se jeta au sol et roula sur le côté pour éviter la masse musculeuse de Mihaïl qui lui fonçait dessus.

Il s'écartèrent de son passage en hurlant. D'un geste de son bras libre elle percuta l'homme au marteau qui sous la force du coup vola quelques mètres plus loin. Elle stoppa sa course dans un vacillement et, se baissant sur le type ailé, le saisit aussi précautionneusement qu'elle pouvait avec son énorme main, le souleva et le posa sur son épaule comme un sac de ciment. Les ansuriens, remis de leur surprise, ressérraient leurs rangs autour d'elle. Elle tourna lentement sur elle même en les maintenant à distance par de grands moulinets désordonnés de sa grosse lame, tenant son léger fardeau contre son omoplate de son autre main. Retroussant ses lèvres, elle fit entendre un grondement menaçant. Ce genre de mimique ne lui était pas habituel, montrer ses crocs passant pour une expression insultante et comble de l'impolitesse à Glargörl, mais ça faisait peur, et c'est tout ce qu'elle cherchait. Il fallait qu'elle se fraye un passage.
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MessageSujet: Re: Au delà du chantier [Fermé]   Sam 22 Déc - 23:00

[euh...jpeux pas faire grand chose ^_^']

Il avait l'impression que son bras gauche était sur le point de se détacher du reste de son corps. Son omoplate, son épaule et sa clavicule le faisaient horriblement souffrir, d'autant que son bras pendant le long du dos de son sauveur se ballotait un peu dans tous les sens, et cela n'arrangeait rien. Son cerveau était incapable d'analyser autre chose que la douleur qui le transperçait. Il préferait fermer les yeux pour ne pas avoir à regarder les images floues qui défilaient devant ses yeux et lui donnaient la nausée. Il savait qu'il gémissait, mais ne s'entendait pas le faire. Les seuls sons que ses oreilles accèptaient de lui livrer étaient sourds, très graves, comme s'il avait tenté d'écouter une discution au travers d'un mur. Il parvint à peine à formuler ces quelques mots:
- Posez...moi...s'il vous p...
La douleur était trop insuportable. Il fallait que ça s'arrête, qu'on lui immobilise son bras, on qu'on l'assome...
- Posez...moi...
Il commença à se débattre faiblement à l'aide du bras qui lui restait, mais la main qui l'enserrait aurait été trop puissante pour lui, même s'il avait été en pleine forme...

Soudain, un bruit horrible rententit. Il l'entendit discinctement, comme si son esprit avait eu un malin plaisir à lui accorder un instant de lucidité pour qu'il se rende pleinement compte de ce qu'il lui arrivait: son épaule s'était déboîtée dans un "croc" sinistre.
Il poussa un autre gémissement, puis sombra peu à peu. Les bruits et toutes ses impressions s'atténuèrent peu à peu, comme enveloppées dans le néant, et tout devint noir.
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MessageSujet: Re: Au delà du chantier [Fermé]   Dim 23 Déc - 21:56


[ HRP: >_<' désolée... Je voyais pas ça comme ça... Le but était de fuir ce combat le plus vite possible... Pour le coup je me suis bien empétrée dedans! ^^]

Paniquée par le harcèlement des petits êtres qui la menaçaient avec leurs armes de pacotille, Mihaïl sentait à peine le poids du corps sur son épaule et n’avait pas conscience de la terrible pression qu’elle exerçait sur ses os fragiles. Le gémissement et les faibles plaintes de la créature ne portèrent pas jusqu’à ses oreilles. En revanche, elle perçut distinctement le craquement affreux. La certitude glacée de ce qui s’était produit lui donna l’impression que quelque chose de visqueux et d’obscur lui coulait dans l’estomac. Une si petite chose, elle l’avait brisée ! Comment la prendre autrement sans risquer d’empirer les choses ? Et si elle était morte ?

Elle rengaina son épée sans se soucier d’exposer sa personne aux assaillants. Levant en tremblant sa grosse patte du corps, elle le fit ensuite glisser doucement jusqu’à ses mains en coupe. Il y atterrit avec mollesse, la tête oscillant sans résistance. Il était inconscient, ou alors ? Il n’était pas bien difficile de voir ce qui n’allait pas. Son bras gauche pendait vers l’arrière, formant un angle impossible.

Décidément, elle n’était qu’une grosse brute sans intelligence ! Elle connaissait bien sa maladresse, qu’est-ce qui lui avait pris de s’emparer d’un de ces petits êtres à la vie si incertaine ? Sa loi ordinaire était de s’interdire tout contact physique : elle ne maîtrisait pas sa force, elle le savait, fallait-il qu’elle en fasse la démonstration ? Mais au milieu de tous ces ennemis, elle voulait juste s’enfuir le plus vite possible, et l’emmener avec elle… Elle voulait juste…

Une morsure à son mollet. Un ansurien, profitant de sa vulnérabilité, était parvenu à entailler sa peau si résistante, et s’appliquait à taillader la plaie ouverte afin de l’agrandir. L’effet d’intimidation était perdu. Les ansuriens resserraient leurs rangs en ricanant, et sans bras libre elle ne pouvait rien faire. Comment s’en sortir sans le blesser davantage ? Elle ne voyait pas d’issue. Si elle le déposait, il serait la cible impuissante de leur violence.

Soudain, ils furent sur elle. Elle fut assaillie de toute part par les ansuriens qui jetaient contre ses jambes-piliers des coups de boutoir. Une meute. Une meute à la curée, ses cris de joie et sa soif de sang. Le souvenir se mêlait aux sensations présentes. Le petit corps meurtri contre son cœur, qu’elle tentait désespérément d’arracher à la sauvagerie. La peur horrifiée qui engourdit les membres. Son sang suintait lentement le long de ses jambes là où ils frappaient, frappaient jusqu’à déchirer sa solide peau noire. Le liquide blanc engluant les pointes et les angles de métal. Les yeux fous, exorbités, les bouches hurlantes, les corps avalés par la boue. Les flammes. Un instant, elle vacilla. Si elle tombait, ils pourraient atteindre sa tête. Et surtout, tuer son protégé. Il n’était pas mort, lui. Il n’était pas trop tard. Son poids se reporta sur ses pieds. Solidement ancrés au sol.

Parmi les assaillants, un se montrait plus intrépide et acharné que les autres. Le jeune chef de chantier, l’air exalté, au mépris du danger, dansait entre ses jambes, les lacérant, les lardant de sa lame, pour avoir la gloire d’avoir fait chuter le monstre.

*Qu’est-ce que j’ai fait pour susciter tant de haine ? Pour qu’il veuille me tuer ?*

Mihaïl n’avait presque jamais ressenti la peur de la mort. Son corps était résistant, il devait supporter encore de nombreuses années les assauts des éléments. Mais pas les attaques d’êtres conscients ! La douleur lancinante lui engourdissait les pensées. Elle était habituée à subir, à moins de fracasser son crâne ils ne feraient que réduire son espérance de vie, abimer un peu plus son corps. C’était comme un orage, si on ne pouvait pas s’abriter, autant attendre que ça passe. Et puis si elle mourait aujourd’hui, c’était la fatalité, pourquoi lutter ?

Au sein des coups qui pleuvaient, elle sentit quelque chose s’agripper à son bras. Son ancien patron avait réussi à trouver une prise et à se hisser jusque là. Levant sa lame, il loupa de peu le cou découvert de la créature évanouie et entailla le poignet de Mihaïl. Elle eut comme un sursaut qui le déstabilisa. Elle devait se battre pour lui ! Elle n’avait pas le droit de mourir, pas le droit de renoncer. Elle devait protéger ce type blessé par sa faute. Et vivre, pour Yelm qui était mort ce jour là. Elle abaissa ses yeux pâles et vides sur l’ansurien qui se cramponnait à son bras pour s’éviter une chute de deux mètres, et semblait réaliser dans quelle mauvaise posture il était. S’il tombait, il se ferait piétiner. Et s’il restait…

Gardant le petit être ailé au creux de son bras gauche, elle saisit l’ansurien suspendu dans sa main droite. La pression lui coupait le souffle et ses inspirations infructueuses se réduisaient à des sifflements aigus. Sa lame lui échappa, son visage devenait rouge et elle sentit autant qu’elle entendit le craquement entre ses doigts, un autre encore, des côtes brisées. Cette fois, elle blessait un être conscient, volontairement. Elle se sentit écœurée, et effrayée de son pouvoir. Si elle serrait davantage, si elle fermait le poing, ce type si arrogant, cruel et injuste exploserait comme le simple morceau de viande qu’il était. Ils étaient tous mortels, juste des corps animés d’un souffle de vie. Tous étaient nés de la même argile. Elle eut un haut le cœur. Il avait l’air si jeune. Si elle le tuait, elle ne pourrait jamais se le pardonner.

Elle desserra un peu sa prise pour le laisser respirer, et leva le bras de sorte qu’il se trouve au niveau de ses yeux sans couleur. La peau livide et couverte de sueur, il lui adressa une grimace haineuse et émit un faible « Sale monstre… » . Autour les ouvriers avaient interrompus leurs coups et attendaient de voir quel sort allait subir leur chef.

« Ecartez-vous, ou je le tue. » Sa voix rauque et profonde portait loin, et même si elle ne le voulait pas, ils la croiraient… Ils devaient la croire.

C’était le seul moyen de s’échapper sans faire de victime. C’était sa dernière chance. Mais si la vie de ce sale type n’avait pas de valeur à leurs yeux ? S’ils étaient plutôt contents de s’en débarrasser, comme il lui semblait le lire dans certaines expressions ?

Si ils refusaient et qu’elle le laissait en vie ils comprendraient qu’elle ne pouvait rien contre eux. Si elle le tuait elle…

« Dis-leur de nous laisser partir ! » ordonna-t-elle à la poupée de chiffon secouée dans sa main, l’angoisse transparaissant dans sa voix. Comme il se taisait, désespérée, elle lui tordit le bras qui se brisa, nouveau craquement, et hurlement qui lui vrilla les tympans, résonnant encore et encore dans sa tête. Ils la forçaient à se conduire comme le démon qu’ils l’accusaient d’être. Elle haïssait sa conduite, de tout son être, de toute sa nature. C’était ça, être un guerrier ? C’était ça, les décisions qu’il fallait prendre sur le champ de bataille ? En être réduit à faire souffrir des gens pour en protéger d’autres ? Il pleurait, terrorisé, à sa merci, et elle ne savait pas comment s’en sortir. Il essaya de reprendre son souffle pour lancer un ordre à ses hommes, un pitoyable « Laissez-la s’en aller ! » qui s’acheva par un sanglot. Mais il n’incarnait plus l’autorité, juste une victime entre les mains de la créature démoniaque, ça ferait un bon martyr à évoquer avec regret plus tard, lorsqu’on aurait démis le monstre. Un ansurien ricana. Ils n’étaient même pas solidaires entre eux… Les choses tournaient mal.

Mais un ansurien qui s’était tenu à l’écart jusqu’alors prit la parole d’un air agressif :

« Arrêtez ça ! Vous ne croyez pas que vous avez fait assez de dégâts ? »

Interloqués, les autres se tournèrent vers lui. Il ne leur laissa pas le temps de l’interrompre.

« Kris, Thomas et Zek sont sérieusement blessés ! Et si Jeff crève, qui vous donnera votre paye ? Pour qui vous travaillerez la semaine prochaine ? Vous ne voyez pas que ce golgoroth fait tout ce qu’il peut pour éviter le combat ? S’il le voulait, il pourrait vous tuer tous, en deux minutes ! Vous ne me croyez pas ? J’ai déjà vu un golgoroth furieux combattre. Je ne veux pas revoir ça ! Ne le poussez pas à bout. Notre seul bien en ce monde, c’est la force de nos bras, pas vrai ? On est ouvriers parce qu’on n’a que ça pour survivre… Si vos bras sont brisés, qu’est-ce que vous deviendrez ? »

Il y eut un long silence. Les ansuriens s’entreregardèrent, puis reculèrent en abaissant leurs armes. Les quelques excités qui étaient restés en place, se retrouvant seuls face à elle, se dépêchèrent de rejoindre leurs compagnons. A pas hésitants, elle s’avança au milieu des regards hostiles. Elle marqua un arrêt face à celui qui était parvenu à les arrêter, et tourna sa petite tête vers lui. Avant qu’elle eut pu prendre la parole, il la regarda droit dans les yeux, d’un air farouche.

« Ne me remercie pas. Je ne l’ai pas fait pour toi, mais pour eux. »

Elle inclina la tête en signe de respect, et leur tourna le dos.

Lorsqu’elle fut parvenue hors de vue, elle s’arrêta, tremblant de la tension soudain relâchée. Elle tenta de faire rapidement le point. Dans sa main droite, un ansurien sur le point de tourner de l’œil, côtes et bras brisés par ses soins. Sur son bras gauche replié, une créature ailée inconsciente, l’épaule démise par sa faute. Mais elle ne l’avait pas fait exprès !

*Et bien, tu fais toujours autant dans la dentelle, ma vieille…*

Ce genre d’humour n’avait rien de golgoroth, elle l’avait appris auprès des kluth’ens. C’aurait pu être une réflexion de Yelm… Elle le regardait toujours d’un air dépité quand il l’appelait ma vieille, après tout ils avaient le même âge, et il éclatait de rire. Elle n’arrivait pas alors à comprendre son ironie. Visiblement, elle avait fini par l’intégrer. Bref, la nostalgie n’allait pas l’aider à régler ses problèmes présents…

Elle n’avait pas eu l’intention d’emmener le dénommé Jeff, en fait elle n’avait pas eu d’intention du tout, elle s’était juste barrée aussi vite que l’état du blessé le permettait. Il était bien vivant, pas de doutes, mais il avait besoin de soins, de toute urgence. Il fallait lui remettre l’épaule en place, opération nécessitant de la force, pas de problème, et de la dextérité, ce qui était plus embêtant. Bien qu’elle sache ce qu’il fallait faire, ayant déjà vu Sanga pratiquer cette opération, elle savait qu’elle n’en avait pas la capacité tactile et se sentit frustrée. Elle risquait de se retrouver avec un bras arraché entre les doigts, autant éviter. L’état de l’autre n’était pas préoccupant, elle n’aurait pas un meurtre sur la conscience aujourd’hui. Regarder son visage contusionné et l’angle bizarre formé par son bras lui donna un brusque haut-le-cœur. Le craquement et le cri s’imposèrent à sa mémoire. Se penchant en avant, elle vomit son déjeuner dans le caniveau. Heureusement, ce n’était pas une fracture ouverte, et ses côtes ne semblaient pas avoir perforé ses poumons sans quoi il aurait été en train de cracher du sang. Ayant un peu repris ses esprits, il se débattait faiblement en frappant son bras de son poing intact. C’était dangereux de les garder entre ses mains maladroites, un faux mouvement et leurs corps fragiles pouvaient se briser… Mais elle ne pouvait pas non plus les laisser dans leur état dans cette ruelle à la tombée de la nuit ! Elle ne se dit pas que l’ansurien l’avait bien cherché, au contraire : elle culpabilisait tellement de les avoir blessés qu’il était de son devoir de s’assurer qu’ils soient soignés. Tout en sachant que c’était inutile, elle essaya de le rassurer :

« Calme-toi, je ne vais pas te manger ! »

De toute façon il la considérait comme un monstre, aucun dialogue n’était possible. Et puis comment s’étonner que quelqu’un dont on a brisé un membre ait peur de nous ?

Apercevant un passant, elle se précipita vers lui et l’interpella d’une voix inquiète :

« S’il vous plaît ! Je cherche un médecin ! C’est urgent !»

Affolé par cette créature affreuse sortie de l’obscurité, il prit ses jambes à son cou. Elle détestait parler aux gens pour cette raison, mais n’avait pas le choix. Elle prit la direction d’une partie des Embrassées plus fréquentées, celle où les courbes séduisantes dénudées des prostituées côtoyaient les ombres capuchonnées des voleurs et trafiquants divers. Mais elle n’eut pas plus de résultats : ceux qui ne la fuyaient pas la repoussaient sans amabilité. Au bout d’un moment elle s’arrêta, à court d’énergie. Toujours ce mur, cette hostilité. Si personne ne lui remettait son épaule d’aplomb rapidement, il pouvait rester à jamais paralysé. Elle ne se souvint de la présence de l’autre que quand il s’écria :

« Mais quand est-ce-que tu vas me relâcher, grosse brute ?! »

Il devait avoir repris du poil de la bête s’il l’insultait de nouveau comme ça. Conciliante, elle le laissa tomber. Il s’affala sur le sol avec un petit cri de surprise et de douleur, essaya de se relever, mais retomba en grimaçant. Allait-elle le tuer ? Impuissant, il fit remonter son regard sur les jambes rendues blanches par le sang versé, la peau noire et épaisse, couverte de cicatrices répugnantes, et cette tête hideuse, cette tête de goule aux yeux blancs. Les races démoniaques portaient, décidément, bien leur nom. Que pouvait-on faire, sinon craindre et haïr des créatures à l’apparence si terrible ?

« Je t’en prie, lui demanda le monstre, indique-moi où trouver un médecin, que je vous emmène là-bas… »

Perplexe, il fixait la golgoroth, qui le suppliait, alors que c’était lui qui était à sa merci… Elle aurait pu le menacer pour obtenir son information, elle aurait pu menacer n’importe lequel des passants qui l’avaient rejeté, elle en avait la force. Pourquoi ne le faisait-t-elle pas ? Et pourquoi tenait-elle tant à se mêler des affaires des autres ? Elle ne le connaissait même pas, cet eycorché qu’ils avaient attaqué, et elle avait risqué sa vie pour lui ? Et pourquoi tenait-elle à le soigner, lui ? Il ne comprenait vraiment pas. Il fallait vraiment qu’elle soit stupide ! Néanmoins, il se sentit troublé. Il ne voulait pas se poser ce genre de questions. Supposer que des races démoniaques puissent être capables de morale… Non, être des personnes plus morales que lui…

« Y-a un guérisseur au coin de la rue Vide-Bourse et de l’impasse des Petits-Pas, gronda-t-il en regardant ailleurs. Emmène-moi là-bas, je te guiderai… »

Surprise qu’il accepte son aide, Mihaïl le gratifia d’un horrible sourire avec la fente de travers qui lui servait de bouche. Le garçon ailé reposait toujours contre sa poitrine, ses ailes noires pendant de chaque côté de son bras. Son visage était couvert de sueur, et un souffle léger agitait les mèches foncées qui tombaient devant son visage. Un curieux couvre-chef était vissé à son crâne et n’avait pas bougé malgré le combat. Elle avait déjà vu des gens de nombreuses races dans cette ville cosmopolite qu’était Arrène, mais elle ne connaissait pas le nom de la plupart, et celle-ci lui était totalement inconnue. Comparé à un ansurien, il était grand, et de constitution robuste…Il guérirait rapidement. Mais il lui fallait des soins sans plus attendre. Elle se tourna vers l’ansurien recroquevillé au sol. Lui non plus n’était pas très vaillant…

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Sid Algareth
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MessageSujet: Re: Au delà du chantier [Fermé]   Jeu 27 Déc - 21:20

Un souffle...une respiration. La sienne. Il s'entendait respirer...Et peu à peu, d'autres bruits accédèrent à son cerveau. Une sorte de mélodie...un son continu, à la note changeante...non, c'était...une discution. Sid n'en saisissait pas le sens; c'est tout juste s'il arrivait à capter deux mots de suite...

Et, soudain, sans crier gare, un "crac!" surgit de nulle part, et Sid eut l'impression qu'on lui avait arraché le bras; il ne put pas s'empêcher de crier et se releva en bousculant quelque chose.
Le médecin se releva en tendant la paume de ses mains vers Sid, comme pour le rassurer.


- Du calme, du calme, vous êtes en sécurité, jeune homme!
- Je...aïe...je suis où?...
- Dans mon cabinet. Ecoutez, je viens de remettre votre épaule en place, mais il faut que je ressoude en partie vos os...
- Mes...


Soudain, Sid se rapella. Il tourna brusquement la tête pour observer son épaule meurtrie...il saignait, mais ne sentait rien.
- Je vous ai fait une anésthésie locale, dit le guérisseur pour répondre à la question silencieuse de l'Eycorché. Mais je n'en ai plus beaucoup, et l'effet commence à se dissiper, au vu de votre réaction lorsque j'ai remis votre épaule. Couchez-vous sur le ventre, s'il vous plaît.
A moitié endormi depuis que la douleur de son épaule s'était atténuée, Sid ne protesta pas et posa docilement sa joue sur le matelas.
Il observait le médecin du coin de l'oeil, et s'attendait à le voir sortir une aiguille et du fil, mais il se contenta de plaquer ses paumes l'une contre l'autre et de marmonner des incantations bizarres...voilà pourquoi il parlait de ressouder ses os! C'était un magicien.
Au départ, Sid ne sentit qu'une agréable chaleur se répandre dans son bras, mais à mesure que le temps passait, la chaleur se fit de plus en plus insupportable, suffocante, jusqu'à être insupportable.

- Arrh!! Ca fait un mal de chien!!
- Désolé, je n'ai plus d'anésthésiant! Tenez bon, c'est presque fini! Je dois faire repousser une peu de cartilage pour que vos os repoussent correctement!

Et Sid sentit très bien le cartilage pousser, se frayer un chemin parmi ses chairs, frôler ses nerfs -ce qui était de loin le plus douloureux...
Lorsque le guérisseur eut fini de lui bander l'épaule, l'Eycorché était trempé de sueur, et avait mal aux gencives à force de serrer les dents.

- Voilà...évitez de faire des mouvements brusques avec ce bras.

Le médecin s'épongea le visage, et se pencha sur son bureau. Il grifonna quelque chose pendant quelques instants, puis se retourna vers Sid, qui remettait prudemment son marcel.
- C'est quatre-vingt écus, je vous prie.
Sid tourna la tête si brusquement qu'il ressentit une douleur dans le cou.
- Quoi?...
- Vous ne croyez tout de même pas que je consulte gratuitement?
s'exlama le docteur.
Les sourcils fronçés, Sid attrappa son sac à dos et en retira sa bourse. IL donna au médecin la quasi-totalité de son contenu, bougonna un "merci et au revoir" et sortit dans la salle d'attente...


[si ça te dis, tu peux me diriger ou me faire parler ^_^]
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MessageSujet: Re: Au delà du chantier [Fermé]   Dim 30 Déc - 0:37

A priori, l'ansurien ne s'était pas moqué d'elle. Il n'avait pas intérêt de toute manière, puis-ce qu'il dépendait lui même de ces soins. Le médecin avait l'air de connaître son métier. Des rangées de bocaux pleins d'herbes sèches et de mixtures étranges ornaient les murs de la salle d'opération. Laissant Jeff supporter ses blessures quelque temps encore, le guérisseur installa immédiatement le type à l'épaule déboitée sur le lit de fortune, écarta les ailes encombrantes de chaque côté, retira le haut, puis entreprit d'examiner la blessure, yeux fermés, palpant légèrement la peau comme s'il pouvait sentir les os à travers la chair. Une légère clarté paraissait émaner de ses mains graciles, et Mihaïl réalisa soudainement qu'elle voyait pour la première fois quelqu'un faire usage de magie.

-Il a l'épaule en vrac et des tendons tranchés, sans parler des os fêlés. Vous avez de la chance que j'ai quelques compétences spéciales pour réparer tout ça...

Surprise qu'il lui ait adressé la parole, Mihaïl garda le silence. L'ansurien se tourna nettement vers elle et lui adressa un regard perçant par dessus ses verres en demi-lune. Mal à l'aise face à ce médecin sec aux allures de rapace, elle conserva l'air inexpressif qui la caractérisait.

-C'est vous qui les avez mis dans cet état?

Elle eut envie de reculer face à son air menaçant. Elle ne songea pas à se défendre, dire que c'était un accident, ou qu'elle avait été attaquée par les ansuriens. Elle se sentait trop coupable pour penser de cette manière. Avant qu'elle ait pu mettre en ordre une réponse, il prit son silence pour un acquiessement.

-Vous avez au moins le mérite de me les avoir amené. Peu m'importent les circonstances. Mon boulot c'est de soigner les gens, qui qu'ils soient.

Se sentant congédiée, elle en profita pour s'eclipser et regagna à reculons la salle d'attente. Elle aurait aimé partir, tant sa confusion était grande. La perspective de devoir affronter celui qu'elle avait si gravement endommagé la remplissait d'angoisse. Qu'est-ce qu'elle pourrait bien lui dire?
Le plafond bas ne lui permettait pas de tenir debout. Pliée en deux, elle attendit. Les minutes s'eggrainaient, lentement. Combien de temps prendrait l'opération? Plusieurs heures? Le jour entier? Elle patienterait. Sortir et se retrouver seule, sans travail ni argent, dans les rues sordides n'était pas une alternative très engageante.

Finalement, le practitien était vraiment très efficace, car dix minutes seulement passèrent avant que la porte ne s'ouvre et ne délivre passage à son ancien "paquet", enfin sur ses deux jambes et l'air passablement renfrogné. Son bras, bandé, tenait en écharpe, et la golgoroth ressentit une nouvelle bouffée de honte à avoir osé porter ses mains sur cet être qu'elle ne connaissait même pas. Elle avait toujours eu peur de blesser ceux qui l'entouraient, les kluth'ens au milieu desquels elle vivait. Son rapport au contact en était affecté, il lui semblait que toucher quelqu'un d'autre était une offense. Cette vieille habitude s'était conjuguée au mépris et à la peur qu'elle suscitait quotidiennement, pour lui donner le sentiment d'être un être répugnant et proscrit.
Ce dégoût d'elle même qui s'était si bien imprimé dans sa conscience, elle s'attendait naturellement à le rencontrer chez les autres. La créature ailée allait la haïr, et elle se préparait à subir le face à face en levant ses barrières émotionelles, si fragiles... Il fallait qu'elle lui exprime l'étendue de sa honte, combien elle était désolée... C'était plus que cela: elle entendait encore le craquement, elle revoyait les bouches hurlantes et les yeux de meurtriers, tout se télescopait, la violence, la barbarie, son impuissance et sa lâcheté... Elle ne savait pas comment dire les sentiments qui ravageaient sa conscience. Les mots ne venant pas, elle resta stupidement coite face au petit être.
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MessageSujet: Re: Au delà du chantier [Fermé]   Dim 30 Déc - 2:46

Il ne la reconnut pas tout de suite. Le dos courbé et le visage empreint de douleur (c'est du moins ce que Sid pouvait deviner derrière les cicatrices), l'Eycorché l'avait de prime abord prise pour une patiente. Mais les images floues et fugitives, les impressions, qui lui étaent revenu en mémoires, lui premirent enfin de reconstruire la scène: c'était elle qui l'avait sauvé de ces ouvriers racistes, elle qui l'avait ammené jusqu'ici.
Il se passa un court silence durant lequel ils se regardèrent dans les yeux, puis Sid lâcha:

- Merci.

La Golgoroth ne parvint pas à dissimuler son étonnement, et Sid se demanda pour quelle raison elle était étonnée qu'on la remercie pour avoir été sauvé.
- Je m'apelle Sid, ajouta-t-il en lui tendant la main. Je suis désolé, j'epsèce que vous n'avez pas été blessée par ma faute...
En disant cela, ses yeux parcoururent le corps de la femme pour vérifier qu'il n'y ait pas de plaies ouvertes, et Sid constata que si, elle avait été touchée; presque lacérée au niveau des jambes. Un élan de pitié et de culpabilité l'envahit.
- Aïe aïe aïe, je suis désolé! Je suis vraiment désolé, répetait-t-il en désignant les jambes de la Golgoroth. J'ai été incapable de me contrôler face à ces répugnants petits...Mais à cause de moi...Je...
Il voulut soulever son bérêt pour se gratter la tête, mais son bérêt n'était plus là. Il s'immobilisa. Son cher bérêt, le seul cadeau -mis à part celui de la conaissance- que les habitants de la Cité Célèste aient daigné lui offrir pour lui souhaiter bon voyage, le seul et unique lien vers son enfance innoncente, son cher bérêt rapiécé avait disparu.

Il laissa échapper un juron et regarda fébrilement autour de lui, dans l'espoir de le voir apparaître dans la salle, mais il n'y avait aucune trace de ce fichu bout de tissu. Il avait l'impression qu'on lui avait enlevé un bout de sa boîte cranienne et que son cerveau était à l'air libre...Il se retourna et pénètra dans la salle de soins, indifférent au "Non mais oh!" du médecin et aux râles de l'Ansurien qui souffrait, et qui le méritait. Il n'était pas là non plus. Il ressortit, referma la porte, et se rapella soudainement de l'existence muette de son sac à dos, passé par-dessus son aile, et qu'il avait oublié à force d'avoir l'habitude de le porter...
D'un geste habile, il fit glisser la lanière sur son épaule pour passer le sac devant, et fouilla à l'intérieur.

- HAHA!! s'exclama-t-il, en brandissant l'objet tant chéri comme s'il s'était agit d'une relique sacrée.
Il prit soudain conscience de son ridicule. Et de l'immensité de la personne présente dans la pièce avec lui.


- Euh...pour vous remercier, je vous offre un dîner! Bon, un dîner dans un taverne, mais un dîner quand même, proposa-t-il en souriant. Je vous laisse choisir l'endroit.
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MessageSujet: Re: Au delà du chantier [Fermé]   Mar 1 Jan - 21:39

Prête à se faire aggresser ou au mieux ignorer, elle garda les yeux dans le vague, sur un point au dessus de la tête découverte du blessé. Un instant, il la fixa d'un air vague, comme si il n'arrivait pas à la situer. Puis son visage s'éclaira, il lui adressa un grave "merci", comme la reconnaissance d'une dette. Cette parole inattendue la fit reporter son attention sur la figure ouverte du jeune homme. Elle se demanda si elle avait bien entendu, mais son attitude amicale semblait le confirmer. D'un geste chaleureux, il avança la main vers elle et se présenta:
"Je m'appelle Sid."

Deux pensées lui vinrent spontanément. D'une part, de la reconnaissance pour ce type qui la traitait comme une personne digne d'être connue. C'était comme une réminescence d'une autre vie, où l'on n'avait pas peur d'elle et où on la considérait comme une égale. Mais compte tenu des circonstances, cela la laissait stupéfaite: à force d'essuyer le mépris où qu'elle aille, elle l'avait accepté comme une norme en dehors de Glargörl.

Que quelqu'un qui avait un bras hors d'usage par sa faute lui tende l'autre sans se soucier du risque... C'était un inconscient?

Il ne lui en voulait pas... Elle révisa rapidement son impression. La vérité c'est qu'elle n'avait aucun contact avec les gens depuis son départ. Elle devinait qu'ils étaient comme elle, mais eux la repoussaient ou l'ignoraient, et elle qui n'avait jamais été très sûre d'elle avait pris l'habitude de fuir les confrontations. Perdant, peut-être, des occasions de voir les fissures de la barrière qui la coupait des autres.

Il ne lui ressemblait pas. Son physique était bien plus proche d'un ansurien que d'un golgoroth. Mais pourtant, ceux-ci l'avaient attaqué. Comme elle, il savait ce que signifiait être différent et rejeté... Comme, perplexe, elle ne lui avait pas rendu son salut, il baissa la main d'un air gêné. Elle ne voulait pas l'embarasser, mais pas question de lui broyer la main en plus du reste...
"Je suis désolé, poursuivit-il, j'espère que vous n'avez pas été blessée par ma faute..."
Comme un miroir, il lui renvoyait ses sentiments. Son expression se décomposa lorsqu'il aperçut les plaies qui striaient ses jambes.
"Aïe aïe aïe, je suis désolé! Je suis vraiment désolé! J'ai été incapable de me contrôler face à ces répugnants petits... Mais à cause de moi... Je..."

Confuse de susciter tant de compassion, elle voulut répondre, le rassurer, mais elle n'en eut pas le temps: il avait porté la main à sa tête et, les doigts enfoncés dans sa tignasse grise, fronça brusquement les sourcils. L'air paniqué, il regarda dans tous les coins de la pièce, disparut dans la salle de soin, revint à pas lents, résigné. Il marqua soudain un temps d'arrêt, comme s'il se souvenait de quelque chose, et posa une main sur la lanière de son sac en travers de l'épaule. Farfouillant dedans, il en sortit son béret miteux, et poussa un cri de victoire. Il se souvint soudain de sa présence, et lui adressant un sourire embarrassé il se fourra le couvre chef sur le crâne.

Ce n'était pas ridicule. Elle savait la valeur sentimentale qu'on attache à certains objets: elle n'existe que pour nous, et c'est ce qui fait son importance. Elle aussi, elle possédait des fragments d'une existence disparue. Comme un aiguillon de chagrin à transporter avec elle, pour ne jamais oublier.

"Pour vous remercier, je vous offre un diner! Bon, un diner dans une taverne, mais un diner quand même. Je vous laisse choisir l'endroit."

Elle ne voulait pas accepter sa reconnaissance. Elle ne la méritait pas. Ce qu'elle avait fait, elle n'y avait même pas réflechi, c'était comme l'acte d'une autre personne, de la nécessité. Et puis les évènements s'étaient enchaînés, l'étourdissant dans leur rythme effréné. Décider, agir, lutter, ce n'était pas dans sa nature... Il avait dû payer le médecin pour une blessure qu'elle lui avait infligé. Si elle l'avait pu, elle l'aurait dédommagé. Mais elle n'avait rien à offrir que son repentir. Pas question qu'il dépense encore de l'argent pour elle!
"Merci pour votre gentillesse, mais je ne peux pas accepter... En fait, je suis restée uniquement pour vous adresser mes excuses. Je... Je vous rembourserai les soins!"
Elle se tut un moment, ne sachant pas comment formuler sa pensée.
"Je ne mérite pas ces égards... C'était normal de vous venir en aide, mais je n'aurai jamais dû porter la main sur vous. J'étais aveuglée par la panique."

Elle faillit en rester là, mais il lui vint la soudaine certitude qu'elle perdait sa seule occasion d'avoir de la compagnie. Depuis combien de temps n'avait-elle pas mangé avec quelqu'un autour d'une bonne chope de bière? Et voilà qu'habituée à être esseulée, elle rejetait la seule main amicale qu'on lui ait tendu dans cette ville, se montrant distante pour de stupides questions d'honneur...
"Pardon, je ne me suis pas présentée... Je suis Mihaïl. Mihaïl Guren. Votre amabilité me touche, et j'accepte votre invitation avec plaisir. Mais je considère cela comme un emprunt et non un don. Je m'acquiterai de ma dette dès que j'en aurai les moyens."
Se doutant qu'il allait refuser son argent, elle mit dans ses paroles une conviction qui ne lui laissait pas le choix: qu'il accepte ou décline, elle n'oublierais pas qu'elle lui était redevable, et le lui rendrais d'une façon ou d'une autre. Se souvenant de la similitude de ses sentiments envers elle, elle ajouta en désignant le bas de son corps:
"Ah, ne vous en faites pas pour ça. J'ai l'habitude. Quelques cicatrices de plus ou de moins..."

Ce n'était pas vrai. Elle tressaillit de façon imperceptible en s'en rendant compte. Mentir lui était inconnu, c'était presque inconcevable. Et pourtant, voilà qu'elle disais l'inverse de ce qu'elle ressentait.
Elle n'accordait pas une grande importance à l'état de son corps ou son apparence, même si ça risquait de repousser encore plus les étrangers.

Mais elle n'avait pas l'habitude d'être aggressée physiquement. Au contraire. Elle sentait l'appréhension la contracter à l'idée de nouveaux combats. A quel prix allait elle suivre la voie qu'elle s'était choisie? La guerre... Il n'y avait plus de guerre aujourd'hui, mais on avait toujours besoin de guerriers. Peut-être la guerre n'avait-elle fait que changer de forme, pour ressurgir bientôt, avec son cortège de massacres, de réfugiés, de quêtes de vengeance absurdes. Des morts, des morts et des vides. La famille laminée par les pertes, les hommes partis se faire tuer. Pourquoi voulait-elle faire ce métier qui n'évoquait que peine et souffrance?

Pour être maîtresse de son destin, cesser de baisser la tête sous les insultes... Les siens, les golgoroths, étaient ainsi. Fermement pacifistes. Mais poussés à bout par la persécution, ils avaient dû s'engouffrer dans le cercle de la violence. Leur fureur et leur puissance les avaient alors rendus redoutables. Sur le champ de bataille, les braves de sa race tuaient des dizaines d'adversaires avant de succomber. Si bien que la terreur qu'ils inspiraient avait marqué les mémoires.

Le regard farouche de l'ouvrier qui leur avait sauvé la mise sur le chantier lui revint en mémoire. Oui, c'était de cette guerre que venait les ressentiments actuels. Elle n'était pas finie, elle se poursuivait à travers l'absence des êtres chers, la sauvagerie des anciens combattants, la haine toujours à fleur de peau. Comme un traumatisme dont on ne peut se libérer et qui nous pousse à recommencer les mêmes erreurs. Elle voulait prendre les armes. Mais pas pour tuer, pas pour se venger. Pour changer, évoluer. Pour continuer à vivre.


"Pardon pour mon ignorance, mais je n'ai jamais vu d'êtres de votre espèce. En dehors de mon marais natal, je ne connais pas grand chose! Je suis un peu perdue dans cette grande ville. Je ne connais pas de taverne digne de ce nom... L'endroit où j'ai l'habitude de me nourrir n'est pas fréquentable, et j'aurai honte de vous y mener."

[HRP: Excuse moi si je pars dans des hors sujet dans ses pensées, mais ça me vient comme ça... Disons qu'elle est lunatique ^^...]
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MessageSujet: Re: Au delà du chantier [Fermé]   Mar 1 Jan - 22:26

[non non, c'est très bien ^_^ ça coule tout seul quand on te lis]

Bien conscient qu'elle faisait presque un mètre de plus que lui, il porta les mains à ses hanches et fronça les sourcils lorsqu'elle fit mine de refuser son invitation, visiblement en proie à une culpabilité que Sid ne comprenait pas. Ne l'avait-elle pas sauvé? Quelles excuses pouvait-elle bien lui adresser? Et lui rembourser les soins! Et puis quoi, encore. Elle reprit:
- Je ne mérite pas ces égards... C'était normal de vous venir en aide, mais je n'aurai jamais dû porter la main sur vous. J'étais aveuglée par la panique.
En entendant ça, l'Ecorché plissa davantage les yeux et ouvrit la bouche, pour lui dire qu'elle aurait aussi bien pu partir et le laisser dans cette boue, là-bas, se faire dépioter par ces brutes. C'était ça qui était normal, dans ces quartiers pauvres.
De toute façon, Sid avait l'habitude des blessures, et des combats qu'il fallait mener seul contre tous: il avait subi plus d'une fois les discriminations des enfants Thiels, là-haut, dans la cité des nuages. Bien que la plupart des adultes qui l'entouraient se contentaient le l'ignorer, les enfants, eux, passaient leur temps à lui courrir après. Mais ils ne le rattrapaient presque jamais, et lorsqu'ils y parvenaient, ils ne repartaient jamais indemnes. C'est comme ça qu'il avait appris à se battre, et c'est ce qui le rendait si intransigeant avec la moindre forme de discrimination. Il considèrait que chaque être vivant avait autant de droits que lui à la vie, et à tout ce dont il avait droit, et traitait avec le plus grand respect chacune des personnes qu'il rencontrait sans jamais tenir compte du rang qu'il pouvaient bien tenir dans la société. Il en allait de même pour les animaux et les plantes, bien sûr.

- Pardon, je ne me suis pas présentée, reprit la Golgoroth avant que Sid aie put répondre. Je suis Mihaïl. Mihaïl Guren. Votre amabilité me touche, et j'accepte votre invitation avec plaisir. Mais je considère cela comme un emprunt et non un don. Je m'acquiterai de ma dette dès que j'en aurai les moyens.
- Ouais...
Sentant bien qu'il était inutile d'en discuter pour l'instant, l'Eycorché fourra sa main valide dans sa poche et ne put s'empêcher de sourire. Il se demanda lequel d'entre eux deux était le plus têtu.

- Ah, ne vous en faites pas pour ça. J'ai l'habitude. Quelques cicatrices de plus ou de moins...
Sid resta dubitatif face à cette affirmation, mais il avait l'habitude de déceler le mensonge sur le visage des gens et non pas dans leurs gestes ou leur voix, et celui de Mihaïl demeurait impénétrable. D'ailleurs, son regard était assez difficilie à soutenir, mais Sid s'obligeait à la regarder dans les yeux.
De toute façon, il semblait bien que ni lui ni elle n'avaient les moyens de payer une nouvelle fois le guérisseur. La main toujours dans sa poche, Sid haussa les épaules (ce qui lui arracha un rictus de douleur). Il pourrait toujours lui prèter des bandages si elle en avait besoin.

Un court silence s'installa, et Sid en profita pour vérifier que cette fois, il avait tout: casquette, sac à dos, dagues, et mousquet...Tout était là. Il releva la tête et s'apprêta à demander à nouveau où la Golgoroth aurait voulu aller manger, mais elle le devança:

- Pardon pour mon ignorance, mais je n'ai jamais vu d'êtres de votre espèce. En dehors de mon marais natal, je ne connais pas grand chose! Je suis un peu perdue dans cette grande ville. Je ne connais pas de taverne digne de ce nom... L'endroit où j'ai l'habitude de me nourrir n'est pas fréquentable, et j'aurai honte de vous y mener.
- Oh, malheureusement vous ne tombez pas sur la personne la mieux plaçée pour vous parler des Eycorchés! Je ne connaît d'eux que ce que j'ai lu dans les livres. J'ai été élevé auprès des Thiels, dans la Cité Célèste. Je ne connaît même pas les principales villes Eycorchées! Tout ce que je sais , c'est que notre ethnie a souvent été considèrée comme démoniaque autrefois, et il reste encore quelques débiles pour y croire.

Il poussa la porte du cabinet et sortit à l'air libre. Sid mit quelque temps avant de pouvoir s'y retrouver, car il était évanoui lorsqu'on l'avait emmené ici, et il ne connaissait pas les noms des rues de cette partie du quartier; aussi se repèra-t-il grâce aux hautes tours et aux murs d'enceinte de la ville.
- Je crois que c'est par là. Je suis passé devant une taverne tenue par un Golgoroth avant-hier, mais je suis plus très sûr de son emplacement...Ouais, ça doit être à gauche...Au fait, vous êtes ouvrière? Ou alors vous passiez par ce chantier par hasard, peut-être?
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MessageSujet: Re: Au delà du chantier [Fermé]   Mer 2 Jan - 0:18

Elle sortit à sa suite et le cru sur parole, elle n'avait pas les moyens de le contredire de toute façon: sa connaissance des bas quartiers se limitait à leur partie la plus pauvre, et elle était perdue dans cette partie un peu moins sale et sordide. Elle lui emboita le pas lorsqu'il prit sur la gauche, regardant en l'air les hautes tours qui lui servaient de points de repère.

"Non, vous avez raison, j'ai été ouvrière, je travaillais sur ce chantier... Enfin, dire que je servais de bête de somme serait plus proche de la vérité."

Se plaindre ne lui ressemblait pas, mais c'était plutôt un état des lieux réaliste de la voix cynique en elle. Pouvait-on dire qu'elle avait perdu son idéalisme? Non, elle ouvrait les yeux, c'était tout, pour aller de l'avant.

"Je venais de me faire virer, je m'apprêtais à partir. Vous en avez fait l'expérience, ils n'étaient pas bien disposés à l'égard des non-ansuriens, mais vu ma corpulence ils n'osaient pas s'en prendre à moi physiquement. Enfin, à cause de cet incident, je me suis retrouvée sans job et sans salaire..."

Elle préféra ne pas en dire plus, de toute façon il n'était pas difficile de deviner ce qui c'était passé, et elle n'avait pas très envie de revenir sur cette humiliation. Elle dirigea la conversation vers d'autres sujets moins sensibles.

"Mais bon, je comptais arrêter de toute façon. C'est de la survie, ce genre de boulot dans un coin aussi mal famé. C'était dur à supporter pour moi à cause des brimades, mais pour les ansuriens c'est encore pire, ça les ravage physiquement. Ils ont le dos cassé en deux à force de porter des charges trop lourdes, et la poussière qu'ils respirent à longueur de journée leur pourrit les poumons. A trente, quarante ans ils ne tiennent plus le coup et crèvent de maladies respiratoires en mendiant dans la rue... En plus c'est tellement mal payé qu'on a juste de quoi manger avant de se faire réembaucher le lendemain, et comme la plupart du temps ils prennent des journaliers, on n'est même pas sûr de trouver un emploi. On se tue au boulot du matin au soir. Aucun espoir d'ascension sociale, ceux qui font ça n'ont pas d'autres compétences que la force de leurs bras... Non, franchement, je vous conseille pas d'être ouvrier... "

C'était marrant qu'elle se retrouve à décrire par des mots ce qu'elle avait connu depuis plusieurs mois qu'elle était arrivée à Arrène. La ville était un chantier constant, c'était si grand... On ne remarquait pas les ouvriers s'activant ça et là: ils faisaient partie du décor. Détruire des bâtiments, en construire d'autres... La vie de la cité était dans cette transformation permanente, comme la mue d'un reptile.

Ce qui l'avait stupéfaite en arrivant, c'était d'être confrontée à la foule: tant de personnes assemblées qu'il était impossible de faire attention à chaque visage. C'était effrayant. Elle s'était habituée, comme à tout. Laisser le regard passer au dessus des têtes, ne pas s'attarder sur la misère omniprésente. Et maintenant que sa langue se déliait, elle s'apercevait qu'elle avait vu ce qu'elle n'observait pas, que la réalité s'imposait à sa mémoire sans passer par sa conscience. Et elle était capable d'expliquer tout ça, de le comprendre.

"Le problème, c'est qu'en dehors de mes muscles, je n'ai pas beaucoup de compétences pour changer d'activité... J'ai quelques connaissances en médecine, mais..."

Il avait déjà vu combien elle pouvait être involontairement dangereuse, elle n'osait pas imaginer dans quel état ressortiraient ses patients...

"Je crois que si les gens nous prennent pour des attardés mentaux, c'est parce que nous sommes si malhabiles de nos mains. Les professions qui demandent de la cervelle demandent aussi un minimum d'agilité tactile... Alors tout ce qu'on peut faire, c'est des travaux de force... Et on passe pour des brutes."

Elle tira à moitié du fourreau sa grande épée tachée de rouille, et ajouta:

"Le seul domaine dans lequel j'espère avoir mes chances, c'est le combat. J'aimerai travailler à mon compte, et même si c'est incertain et pas bien payé, c'est mieux que ce que j'ai déjà connu... Et puis j'aurai l'impression de servir à quelque chose... Oh, je ne sais pas trop où chercher des jobs de ce genre, mais j'aimerai devenir guerrière. D'ailleurs, vous sembliez vous débrouiller mieux que moi avant que j'intervienne... Vous exercez dans ce domaine?"

Elle avait essayé d'avoir l'air confiante en l'avenir et en ses capacités et tu tous les doutes qui grondaient aux limites de sa conscience. Son horreur des conflits, sa peur de faire du mal à quelqu'un... Sa décision semblait aller à l'encontre de toutes ses convictions. Encore, si elle avait eu une maîtrise suffisante de sa force et de l'escrime... A mains nues elle avait vu aujourd'hui quels dégats elle faisait, et avec une épée elle risquait de couper en deux son adversaire en voulant le désarmer...
En tout cas, la solitude l'avait rendue vraiment bavarde. Elle n'avait pas aligné autant de phrases à la suite depuis des années!
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Angal Enysth
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MessageSujet: Re: Au delà du chantier [Fermé]   Jeu 3 Jan - 2:21

- Vous savez, je suis persuadé que la dextérité est quelque chose qui s'apprend, assura Sid. Il suffit de s'entraîner d'arrache-pied, et d'espèrer réussir plutot que d'être certain d'échouer.
Sid parlait en connaissance de cause, car il lui avait fallu fournir beaucoup d'éfforts pour atteindre le niveau qu'il avait en dessin. Et il lui restait encore tant à apprendre...
La Golgoroth tira une vieille épée mal entretenue de son fourreau. Elle semblait ne jamais avoir servi...

- Le seul domaine dans lequel j'espère avoir mes chances, c'est le combat. J'aimerai travailler à mon compte, et même si c'est incertain et pas bien payé, c'est mieux que ce que j'ai déjà connu... Et puis j'aurais l'impression de servir à quelque chose... Oh, je ne sais pas trop où chercher des jobs de ce genre, mais j'aimerai devenir guerrière. D'ailleurs, vous sembliez vous débrouiller mieux que moi avant que j'intervienne... Vous exercez dans ce domaine?
Sid ne tenta pas de la contredire, car il ne l'avait pas vu combattre et n'aimait pas faire de compliments en l'air ou de fausse modestie.
- Oui, je suis mercenaire. Mais je débute, alors j'ai encore du mal à obtenir de bons contrats. Cependant...
Il tenta de porter sa main droite au menton, mais une douleur à l'épaule lui rappela que c'était impossible.
- Aïe. J'ai entendu parler d'une expédition qui s'organisait pour partir dans les Falaises d'Hardès à la fin de la semaine. Ils recherchent une escorte, car la région est assez inhospitalière, il paraît. Je ne comptais pas repartir tout de suite, mais maintenant que j'ai fait une croix sur ma carrière d'ouvrier...Vous accepteriez de me prendre comme partenaire? Avoir une Golgoroth comme associé, dans ce métier, ça fait bonne impression -sans vouloir vous vèxer. L'entretien d'embauche devait avoir lieu demain, je crois.

Sid poussa la porte de l'auberge sans avoir à resserer ses ailes contre lui pour qu'elles passent dans l'ouverture, car il s'agissait d'un établissement Golgoroth, et que trois Sid auraient pu passer dans l'encadrement.
Deux choses le surprirent lorsqu'il fut entré: premièrement, il n'y avait que des Golgoroths et des Kluth'En. Deuxièmement, tout le monde le regardait bizarrement. Le mélange des ethnies était un crime, dans ces quartiers, ou quoi?
Bien décidé à passer outre ces préjugés, il s'approcha du bar en ignorant superbement les regards tournés vers lui. Il se dévissa le cou pour demander au barman une table, et après un instant d'hésitation, celui-ci les conduisit jusqu'à leurs places.

- Qu'est-ce que ce sera?
- Euh...qu'est-ce que vous avez?


[je te laisse inventer les plats Golgoroth ^_^]

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MessageSujet: Re: Au delà du chantier [Fermé]   Jeu 3 Jan - 10:22

[bon après tout on s'en fiche que tu te trompe de perso, tout le monde comprend qu'il s'agit de Sid. Et comme je suis dans une période d'insomnie et que j'ai très envie de répondre...]

Mihaïl restait dubitative quand à l'affirmation de l'eycorché, même si il était exact qu'elle manquait de confiance en elle. Elle avait certes l'espoir de s'améliorer du point de vue de la maîtrise générale de son corps, il faudrait bien ça pour maîtriser l'art du combat. Et sa race en était capable, vu les récits des exploits guerriers circulant sur les golgoroths. Mais elle ne serait jamais capable de manipuler des choses délicates: ses mains, grossières, n'avaient pas la souplesse et la dextérité nécessaires. C'était pour cette raison, entre autres, que les golgoroths vivaient en symbiose avec les kluth'ens. Les premiers avaient besoin de l'habileté des second et de leur ingéniosité, tandis que les kluth'ens malingres se reposaient sur la force et le bon sens des golgoroths. La nécessité qui les liaient avait fait naître entre eux une amitié indefectible.

Ainsi, lui aussi se destinait à la voie des armes... Quand il lui demanda si elle désirait s'associer avec lui, elle stoppa net sa marche tant la surprise lui coupa le souffle. Certes, il était sympathique et extraordinairement bienveillant à l'égard d'une race d'aussi mauvaise réputation que la sienne. Il soutenait son regard, ce qui était vraiment rare et ne concernait d'ordinaire que les personnes chargées d'animosité pour elles. Au contraire, le sien semblait plein de compréhension et ne portait aucune trace de dégoût. En fait, le respect qu'il manifestait rappellait celui qui était naturel dans son pays d'origine: acceptation et mise en avant de la différence comme richesse. C'étaient ses propres valeurs.

Seulement, elle n'avait pas l'habitude d'une telle fulgurance dans la mise en place de rapports entre individus. Ca faisait une heure qu'ils se connaissaient, et il voulait faire d'elle sa partenaire? Oui, il avait l'air de quelqu'un faisant confiance aux gens et agissant suivant son impulsion du moment. Dans ses habitudes à elles, il fallait se cotoyer durant des jours pour pouvoir se lier à quelqu'un, ne serait-ce que dans le travail. Il existait d'anciennes alliances, des dettes et des promesses pour codifier cela.

*Tu as quitté le marais, ma vieille! Il faut savoir s'adapter.*
Yelm se serait moqué d'elle.
Elle regarda les ailes noires se balancer devant elle: il n'avait pas remarqué son hésitation. Tant mieux. Elle lui emboita de nouveau le pas. Evidemment qu'elle s'associerait à lui. C'était une telle chance de l'avoir rencontré. Elle avait besoin de compagnie, Sid lui offrait la sienne. Elle cherchait du travail, il en avait un à lui conseiller. Et puis ils étaient tous deux liés par une dette réciproque: elle lui avait fait mal involontairement, il avait été sauvé par elle. On aurait pu considérer que cela s'annulait, mais pour elle c'était le terreau d'une amitié à venir.

Il n'y a qu'en pénétrant dans la taverne sans avoir à se baisser qu'elle réalisa ce que voulait dire "tenue par un golgoroth". Depuis son départ, elle n'avait pas vu autant de représentants de son peuple réuni. Elle n'imaginais même pas qu'il y en ait tant à Mélandre. Ce qui était stupide: vu la taille et la nature cosmopolite de la ville, il était évident qu'il existait une importante communauté de golgoroths et de kluth'ens. A vrai dire, elle n'avait adressé la parole à aucune de ces espèces depuis trois ans. Cette rupture, en partie volontaire, l'avait fait souffrir de solitude, mais elle avait réussi à se détacher de sa vie passée. Ou du moins le pensait-elle.
Le brusque face à face la confrontait avec sa lâcheté: ce n'est pas en fuyant qu'on supprime les erreurs, et qu'on efface les souvenirs. Une vague de nostalgie la submergea et elle s'y abandonna, retrouvant avec une joie teintée d'amertume les odeurs de nourriture de son enfance.

Elle remarqua alors qu'ils s'avançaient vers le comptoir l'hostilité ambiante dirigée contre l'eycorché. Elle s'approcha de lui en défiant du regard ses compatriotes, signifiant clairement "il est avec moi, pas touche".
Le patron, troublé par ce duo insolite, leur indiqua vaguement une table dans un coin. Il les y rejoint un instant plus tard et leur demanda de sa voix gutturale ce qu'ils prendraient.
"Heu... Qu'est-ce que vous avez?" demanda Sid qui semblait s'interroger sur la nature de la cuisine golgoroth.
"Du steak tartare de mouflete nageuse, des saucisses de bergamer, du ragoût de sobilis ailé..." énuméra le barman.
Remarquant la grimace du garçon ailé, il essaya autre chose:
"Nous avons aussi du blanchet en émincé, du potage de potelés, des globuleux farcis, de la vinelle aux cantarcites..."
"Ce sont des champignons, précisa Mihaïl. Il n'y a que ça qui pousse dans les marais acides."
Elle ajouta, intriguée:
"Les eycorchés ne mangent pas de viande?"
A l'attention du serveur, elle prit sa commande:
"Une bonne portion de mouflette nageuse. Et en boisson, apportez nous deux pintes de jus de bah'ilorm..."

Lorsque les deux choppes arrivèrent sur la table, éclaboussant un peu son revêtement d'un liquide bleu translucide, elle crut bon d'expliquer:
"C'est le jus d'un champignon fermenté. Les bactéries qui se nourrissent du sucre sont phosphorescentes, ce qui explique la couleur. C'est pétillant et alcoolisé. Si on secoue -comme ça- dit elle en agitant son propre verre, les bulles se mettent à luire."
Elle pensa qu'il n'aimerait peut-être pas, et précisa:
"C'est un peu notre boisson nationale... Si ce n'est pas à votre goût, ne vous sentez pas obligé... Je boirais les deux si il le faut. Ils doivent bien avoir de la bière universelle pour vous consoler..."

Les plats déposés devant eux, elle entra dans le vif du sujet:
"Je ne suis pas susceptible, vous savez... Si les golgoroths sont recherchés tant mieux, étant donné que c'est le travail que je veux faire. Si ils refusent de vous prendre à cause de votre épaule, je refuserai de participer à leur expédition. Il faut espérer qu'ils auront besoin de moi..."

Elle saisit la viande crue avec sa galette de pain, à la mode kluth'en. La saveur fondante dans sa bouche lui émoustilla les sens. Avec son odorat puissant, elle appréciait d'autant plus de retrouver la gastronomie de Glargörl.
Embrassant la salle du regard, elle vit que les clients s'étaient désintéressés d'eux. Les kluth'ens lui avaient tant manqué! Et pourtant, il n'y avait parmi eux aucun visage connu, aucune teinte de peau indiquant une proximité avec sa famille. Elle aimait toujours autant leur bavardage inninterrompu, leur joie de vivre et leur façon de s'exprimer avec leurs mains. En les regardant, son coeur se gonflait d'affection. Mais elle était une étrangère parmi eux, dorénavant. Sa place n'était pas ici.

Quand aux golgoroths, elle ne s'était jamais sentie très proche d'eux, ayant toujours vécu parmi les kluth'ens. Elle avait grandi dans leur double-culture, mais elle se sentait un peu intimidée par les siens. Et puis, il y avait quelque chose d'étrange qui la mettait mal à l'aise. Elle le comprit brusquement à force de les observer: quelques-uns ne portaient pas de cicatrices! Leur peau noire et épaisse, huileuse, était intacte, un peu crevassée par la sécheresse. Ils appartenaient à la deuxième génération d'immigrés et étaient nés en dehors du marais. Ca aurait dû la rendre heureuse: après tout seule la contrainte les avait enfermés dans cet environnement hostile. Il était injuste qu'ils soient ainsi repoussés jusqu'aux terres dont personne ne voulait. A présent que régnait la coalision pacifique, ils pouvaient aller où bon leur semblait, découvrir des territoires où la terre offrait ses fruits au labeur des paysans, des pays verdoyants qui leur avaient été interdits depuis si longtemps. Elle même avait abandonné Glargörl: il fallait s'adapter à son époque, au monde moderne.

Rares pourtant étaient ceux dont la peau était exempte de marques et de cicatrices. La plupart étaient striés de déchirures semblables à celles qui, à demi-ouvertes, ornaient à présent ses jambes enflées. La morsure de l'acier. Les blessures du marais laissaient place à celles de créatures conscientes. Voilà ce qui la rendait malade. Pour survivre dans ce vaste monde, il fallait s'affronter. Quitter leur isolement réservait aux golgoroths un destin peu enviable. D'un peuple pacifique, il devenaient une caste de guerriers...
Il y aurait un revers, elle en était persuadé. Glargörl était une terre dure et sauvage, mais c'était leur terre. Ils n'abandonneraient pas sa sécurité sans contrecoup. Ce pessimiste, inhabituel chez elle, la surprit. Mais elle en devinait bien la cause, quoi qu'elle ne désire pas s'attarder dessus.
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Sid Algareth
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MessageSujet: Re: Au delà du chantier [Fermé]   Jeu 3 Jan - 17:51

Sid eut l'impression qu'une nouvelle langue avait été inventée pendant qu'il était dans les vappes: steack de mouflette?...saucisses de...quoi?
Visiblement, son expression gênée et interrogatrice fut interpètée comme du dégoût par le barman, car il s'empressa d'ajouter d'autres mots incompréhensibles à cette liste.

- Ce sont des champignons. Il n'y a que ça qui pousse dans les marais acides.
*J'aime pas les champignons...*
pensa Sid bien à part, en se demandant s'ils le caseraient dans une boîte d'allumette s'il refusait de manger.
Heureusement, Miahaïl vint à son secours:

- Les eycorchés ne mangent pas de viande? Elle ajouta: Une bonne portion de mouflette nageuse. Et en boisson, apportez nous deux pintes de jus de bah'ilorm...
Sid se souvint du seul mot qu'il avait retenu, et se lança alors que le serveur s'apprêtait à faire demi-tour:
- Et pour moi, des saucisses de...
Le Golgoroth sourit, visiblement rassuré (ou moqueur) et lança en direction des cuisines:
- Un tartare, deux bah'ilorm et une saucisse de bergamer!
Sid ajouta en réponse à l'interrogation de Mihaïl:
- Si, si, on mange presque que de ça. J'imagine que ce goût pour la viande crue vient d'une nécéssitée: dans nos montagnes natales, il y a très peu de végétation et ça doit être dur de ce faire cuire un truc à deux mille mètres d'altitude...Enfin, j'imagine...

Le barman revint rapidement avec des choppes de la taille d'un seau et les posa devant eux. Il aissa échapper un rire lorsque Mihaïl secoua la bierre et que celle-ci se mit à éméttre une étrange lueur. Elle était appétissante, mais il redoutait un peu l'arrière-goût de champignon. Mais après-tout, la bierre classique était aussi à base de champignons...
- C'est un peu notre boisson nationale... Si ce n'est pas à votre goût, ne vous sentez pas obligé... Je boirais les deux si il le faut. Ils doivent bien avoir de la bière universelle pour vous consoler...
- D'accord. De toute façon, je doute de pouvoir boire tout ça...


A la grande surprise de Sid, ce fut un Kluth'En qui apportât ce qu'il avait préparé. Ces deux espèces vivaient vraiment en symbiose. L'ambiance chaleureuse qu'il règnait ici donnait envie à Sid de partir pour les marais et d'en faire des centaines de croquis. D'ailleurs, il sortit de son sac un bloc de parchemins de première qualité et un crayon à papier. Sid fut rassuré en constatant que la saucisse n'avait pas la taille de son avant-bras, et qu'elle ressemblait à une saucisse.
- Je ne suis pas susceptible, vous savez... Si les golgoroths sont recherchés tant mieux, étant donné que c'est le travail que je veux faire. Si ils refusent de vous prendre à cause de votre épaule, je refuserai de participer à leur expédition. Il faut espérer qu'ils auront besoin de moi...
Sid déglutit avec difficulté la portion de viande qu'il avait fourrée dans sa bouche.
- Hum, c'est vachement bon! De toute façon, le retirerais les bandages le temps de l'entretien, ça ferait trop mauvaise impression, les gens ne voudront pas d'un mercenaire pas assez habile pour éviter de se faire blesser. Bien sûr, les cicatrices, ça fait "aguerri", mais les plaies ouvertes ça fait...euh..."apprenti", héhé...
Il remarqua que la Golgoroth avait saisi sa viande grâce à son pain, aussi Sid tenta de faire la même chose, mais la taille du morceau de pain le découragea rapidement: difficile de manier ce truc de la largeur d'une galtte de blé noir. Ce qui le ramenait à ses certitudes sur le dextérité: on pouvait faire des choses extraordinaires dès qu'on avait des outils adapté, mais lorsque ce dernier était trop fragile, ou trop lourd, eh bien le résultat s'en faisait ressentir. Le surlendemain, Sid irait faire quelques emplettes pour tenter de démontrer cette théorie...

Il reporta son regard vers sa nouvelle associé, et constatant qu'elle observait les alentours, il posa son bloc sur la table et commença à croquer le barman qui écoutait une discution sur les réformes des services sanitaires, accoudé sur son bart de deux mètres de hauteur en bois d'acajou -sans doute sculpté par un Kluth'En. Il analysa rapidement les proportions et les rapporta sur son parchemin, en effaçant ses erreurs à l'aide d'un petit morceau de latex. Il engloutit un morceau de viande, et s'attaqua à la construction du squelette. Le plus dur était de faire correspondre le bras et le support sur lequel il était posé, en répartissant correctement les points où le poids du corps portait. Une seconde difficulté fut de retranscrire cette expression indéchiffrable sur son visage...Sid n'y parvint qu'au bout de dix essais. Lorsqu'il eut terminé les yeux, il saisit sa choppe des deux mains, assoiffé par le sel contenu dans la saucisse, et goûta avec délices à la lotion. Il y avait un goût acidulé et pétillant que les autres bierres n'avaient pas. Sid en but trois grandes gorgées jusqu'à ce que le gaz lui remonte par le nez.
Il reposa son verre, et entreprit de repasser les contours et de gommer les traits superflus. Lorsqu'il eut fini, il se balança en arrière sur sa chaise (il eut du mal car ses pieds ne touchaient pas le sol) et observa son travail à bout de bras. Il retravailla deux ou trois imperfections qu'il avait noté, puis posa son crayon.


- On pourrait peut-être dormir là? J'ai de l'argent à la banque, mais ce soir je n'ai plus de quoi me payer une chambre à l'hotel dans lequel je logeais.
En fait, Sid aurait eu de quoi payer s'il n'avait pas eu la ferme intention d'offrir ce repas à la Golgoroth. Il n'en dit rien bien sûr, certain qu'elle l'aurait attaché à un tuyau de la cave pour pouvoir payer sa part.
Soudain, une voix gutturale -celle du barman- lança:

- Alors, quelqu'un pour me défier aux échecs ce soir?
Sid fut à la fois étonné et ravi que quelqu'un d'autre qu'un Thiel conaisse ce jeu.
- Moi! rugit-il en s'élançant de sa chaise.
- Ho ho, le petit bout d'homme espère gagner contre moi?
L'Eycorché grimpa tant bien que mal sur un tabouret disposé le long du bar, et s'assit sur les genoux pour être à une hauteur convenable. Heureusement que le ridicule ne tue pas.
- Le petit bout d'homme espère vous mettre la tôle de votre vie, précisa Sid en faisant craquer ses doigts.
Plusieurs rires rententirent dans la salle, mais ce n'était pas de la moquerie. Il fut galvanisé par le succès de sa plaisanterie.

- Quels sont les paris?
- Les paris? Euh...
balbutia Sid, qui ne s'était pas attendu à ça. La recette Thiel pour un île flottante -vraiment flottante- contre deux chambres pour la nuit.
- Ca me va.

Le golgoroth posa soigneusement sur le bar un jeu d'échec sculpté avec une maîtrise qui émerveilla Sid. Les pièces étaient déjà placées, et Sid avait les blancs de son côté. Il avait eu droit à une partie par soir avec son maître durant toute son enfance, aussi il n'hésita pas un instant lorsqu'il déplaça sa première pièce. Son adversaire était lui aussi aguerri, car il joua aussi vite. Au fur et à mesure que les pièces avançaient sur le terrain, les nstants de réflexions se faisaient plus longs et intenses, et les observateurs poussaient des exclamations à chaque fois qu'une pièce se faisait prendre, ou que l'un des deux joueurs parvenait à contrer une manoeuvre.
- Echec.
Sid était en très mauvaise posture. Mais il était parvenu à sauver sa reine, qu'il sacrifia pour supprimer le cavalier menaçant. Deux tours passèrent, puis ce fut au tour de Sid de déclarer "Echec". Une bone minute passa dans le silence plus complet, jusqu'à ce que le Golgoroth déclare:
- Tu as gagné, bravo.
Aussitôt, des exclamations et des quolibets fusèrent dans la salle, et les poumons de Sid sautèrent à chaque fois qu'on lui envoyait une tape dans l'épaule.
- Tu es un fin tacticien, petit, déclara son adversaire en lui écrasant la main.
- Merci.


Sid saisit les deux clés qu'on lui tendait et paya le repas, après quoi il chercha Mihaïl du regard et leva les clés comme s'il s'était agit d'un trophée conquis après une âpre bataille.
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Mihaïl Guren
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MessageSujet: Re: Au delà du chantier [Fermé]   Jeu 3 Jan - 23:48

Pendant que Sid répondait au défi du barman pour un jeu qu'elle ne connaissait pas, Mihaïl se pencha sur le carnet abandonné sur la table. L'exactitude du dessin l'étonna. Elle releva les yeux pour observer le barman acoudé à son comptoir, le nez dans un plateau couvert de carreaux blancs et noirs, puis regarda de nouveau le dessin, et cela plusieurs fois de suite. Sa vue n'était pas excellente, elle baissait très rapidement lorsqu'il y avait moins de lumière. Mais ce qu'elle relevait, ce n'était pas la simple ressemblance entre la scène réelle et son homologue en deux dimensions. Le dessin était vivant. Il s'en dégageait une impression de réalité, de concret: le trait féroce ne faisait qu'esquisser, et pourtant toute la présence du golgoroth habitait ces quelques lignes. D'ordinaire, au yeux des étrangers, tous les golgoroths se ressemblaient. Ils étaient capable de les différencier par les motifs de leurs cicatrices, et ça s'arrêtait là. Mais Sid avait rendu tout ce qui faisait de ce golgoroth un individu: la ligne aigüe de sa mâchoire, les proportions de son visage, ses pectoraux particulièrement saillants... C'était un portrait. On sentait même, dans sa posture penchée en avant, une attitude amusée et détendue que seuls un kluth'en aurait su décoder. L'eycorché ne savait peut-être pas lire les émotions des golgoroths, et pourtant il voyait les signes... Mihaïl n'avait jamais rencontré de dessinateur, et se sentait fascinée par la magie de cet oeil et de cette main dansant de concert.

Observant la choppe encore à trois quarts de son compagnon, elle lui jeta un coup d'oeil. Il avait l'air absorbé par la partie et pas spécialement assoiffé. Elle entreprit de se rafraichir le gosier en attendant. Elle aurait bien aimé feuilleter le carnet, mais elle avait trop peur de l'abimer: elle froisserait forcément les pages. Et puis c'était peut-être trop intime. Il y a des choses dans lesquelles on n'aime pas que les autres fourrent leur nez.

Elle sentit bientôt la lassitude s'emparer d'elle. Elle était fatiguée, moins par l'effort physique que par le trop plein d'émotions. Les choses se déroulaient trop vites pour elle, qui restait toujours à trois pas de retard.

C'est le moment que choisit un kluth'en pour venir s'attabler à ses côtés et engager la conversation. Peau jaunâtre marbrée de taches orangées, il ressemblait à un roc plissé, déchiré par les tempêtes, recouvert de lickens. Son crâne était couvert d'une chevelure dégarnie, comme si il était en train de muer pour se couvrir de duvet. Avec ses yeux vifs, sa langue agile et ses gestes nerveux, il offrait un parfait spécimen de leur race. La gentillesse qu'il ne tarda pas à manifester, quoi que teintée d'ironie, confirma Mihaïl dans son impression. Il aurait pu venir des Trois-Roseaux, s'il n'y avait eu sa couleur de peau indiquant qu'il venait du nord est, des clans de l'Etoile Blanche.

"Vous semblez bien seule, grande soeur. Non que je veuilles déprécier la qualité de la compagnie offerte par votre ami, mais il semble bien occupé et vous restez là à retourner des idées noires..."
La golgoroth lui adressa le sourire tordu propre à sa race, qui ressemblait davantage à un rictus pour les autres.
"Voilà longtemps, petit être, que je n'avais ainsi cotoyé les notres. La musique et les contes des veillées me manquent. Mais je n'ai plus ma place à Glargörl. Et ici, je savoure la chaleur de la proximité des peuples jumeaux, mais je ne peux me joindre à eux."

Ses pupilles dorées plongées dans les siennes, le kluth'en se tut un moment. Puis il demanda, visiblement en proie au doute:
"Aurais-tu été bannie? Ici, les codes sont moins rigides qu'au pays, grande soeur, et tu es la bienvenue parmi nous, quelle que soient tes erreurs passées. Nous avons coutume de pardonner aux nouveaux venus et de leur donner leur chance de s'intégrer... Si on ne se sert pas les coudes par les temps qui courent, s'en est fini de notre union!"
Mihaïl poussa un grand soupir, un soupir silencieux et très long. Elle eut de nouveau ce sourire qui la caractérisait, qui découvrait légèrement ses crocs du haut en signe de tristesse.

"Je n'ai commis aucun crime. Je n'ai pas non plus renié mes origines. Mais il y a des erreurs que je ne peux me pardonner. Et aussi... Un deuil que je n'ai pas achevé. Voilà pourquoi le contact de ma culture est si douloureux. Lorsque j'ai quitté le marais, j'ai eu le choix. Il me restait de la famille prête à m'accueillir. Mais je leur ai tourné le dos, j'ai pris ma décision. Ce n'était pas pour être seule. Mais si telle est la conséquence, je l'assume. J'ai besoin... J'ai besoin de changer, d'évoluer. Ce n'est pas dans la continuité et la paix que nous aimons... Je ne suis plus vraiment golgoroth, ni kluth'en."
"Tu as connu la transmission, non? Ca se voit dans ta façon de réfléchir. Les golgoroths élevés parmi les kluth'ens sont toujours plus tournés vers le futur que l'un ou l'autre de nos peuples. Tu es libre de tes choix, grande soeur. Mais saches que notre communauté t'es toujours ouverte. Et je vais te donner mon avis... Cela ne se voit peut-être pas encore, mais parmi nous, il n'y a plus personne qui soit vraiment golgoroth ou kluth'en, au sens où nous l'entendions autrefois. Cela n'a plus de sens à notre époque. Le monde se transforme et nous l'accompagnons. Nous avons longtemps été à l'abri du passage du temps dans le marais... A présent il nous rattrape, et il faut le suivre ou bien disparaître. Il y a des choses qui se perdent, d'autres qui se mettent en place. Est-ce bien ou mal? Il ne faut pas regretter notre passé. Nous sommes ce que nous sommes, voilà tout. Ni ce que tu étais, ni ce que tu seras."

Mihaïl appliqua sa main sur sa poitrine, là où résonnait le battement de son coeur, en signe de remerciment. Elle effleura ainsi l'impressionnante balafre blanche qui courait de sa joue à ses côtes, et frissonna.
"Ah, et aussi, prend soin de toi, grande soeur."
Il lui tendait une boite de fer blanc martelé. En l'ouvrant elle reconnut l'onctuosité et l'odeur âcre de la boue de rouille. C'était un produit rare, aux vertus cicatrisantes, qu'on employait pour appaiser les plaies causées par les acides. En général, c'était Sanga qui se chargeait de la soigner, et depuis qu'elle n'avait plus l'aide des kluth'ens attentionnés, elle ne se préoccupait pas vraiment de son corps. Ses jambes balafrées avaient mauvaise mine: du pus suintait des entailles encore ouvertes. Il fallait qu'elle désinfecte avant d'appliquer le baume... Elle voulut remercier une nouvelle fois son bienfaiteur, mais il avait disparut.

En revanche, ce fut Sid qui lui apparut, guilleret, brandissant un trousseau de clés.
"Tu as gagné?" lui demanda-t-elle, davantage pour lui offrir le plaisir de raconter son exploit, elle ne doutait pas du positif de la réponse au vu de sa mine réjouie. Elle réalisa soudain qu'elle venait de le tutoyer, et se sentit terriblement gênée. Mais il ne parut pas s'en offusquer, elle prit donc le tutoiement comme nouvelle norme.
"Moi aussi, j'ai récupéré quelque chose d'utile! Lui affirma-t-elle en lui montrant la mixture médicinale. Avec ça, mes jambes vont guérir en moins de deux!"
Elle hésita un instant, car elle lui était déjà plus que redevable, et ça la génait de lui demander un contact physique... Mais seule, elle allait faire du mauvais travail. Quitte à se soigner, autant le faire correctement.
"J'aurai encore un service à te demander... Je ne peux pas l'appliquer toute seule. Je vais en barbouiller de partout mais ça ne sera pas tellement efficace, il faut le faire pénétrer dans chaque blessure."
Confuse, elle ajouta:
"Je suis désolée, ce n'est pas une tâche très agréable... Je vais les nettoyer avant, bien sûr! Et puis, ça peut attendre demain... D'ailleurs, je suis un peu fatiguée."
Elle se souvint tout à coup du merveilleux dessin.
"Ah, et je me suis permis de regarder ton oeuvre! C'est vraiment impressionant de vie et de ressemblance... J'imagine le travail que ça a dû représenter d'atteindre un tel niveau. Tu croques comme ça les gens où que tu ailles? Ou bien tu fais aussi des paysages, des bâtiments? Est-ce que tu utilises de la couleur?"
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Sid Algareth
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MessageSujet: Re: Au delà du chantier [Fermé]   Lun 7 Jan - 14:11

- Tu as gagné? lui demanda la Golgoroth.
- Ouais, on aura pas à payer la nuit! J'aurais aussi dû parier un ptit déj'...En tout cas il a failli m'avoir avec une manoeuvre que je ne connaissait pas, mais je m'en suis rendu compte au dernier moment et j'ai juste eu le temps d'engager un bluff. Tu sais jouer aux échecs?
Mais Mihail semblait en proie à une hésitation, se tortillant sur sa chaise sans regarder Sid dans les yeux, et elle ne répondit pas à sa question.
- J'aurai encore un service à te demander... Je ne peux pas l'appliquer toute seule. Je vais en barbouiller de partout mais ça ne sera pas tellement efficace, il faut le faire pénétrer dans chaque blessure.
Sid ne savait pas s'il était parvenu à le cacher, mais il était assez réticent à cette idée. Il fut surprit par sa propre réaction, et s'adressa des remontrances à lui-même. Mais il se rendit compte que ce qui le gênait, ce n'était pas de toucher un Golgoroth, c'était de toucher une femme envers qui il ne ressentait pas d'attirance. Bien qu'il fut un peu ressuré, il était toujours gêné par cette demande, et Mihail sembla le remarquer puisqu'elle s'empressa d'ajouter:
- Je suis désolée, ce n'est pas une tâche très agréable... Je vais les nettoyer avant, bien sûr! Et puis, ça peut attendre demain... D'ailleurs, je suis un peu fatiguée.
- Non non, pas de problème! Tu me diras comment appliquer ce truc, je ferais de mon mieux.
Cette fois, Sid parvint à déchiffrer l'expression de son visage: un sourire, accompagné d'un regard gêné.

- Ah, et je me suis permis de regarder ton oeuvre! C'est vraiment impressionant de vie et de ressemblance... J'imagine le travail que ça a dû représenter d'atteindre un tel niveau. Tu croques comme ça les gens où que tu ailles? Ou bien tu fais aussi des paysages, des bâtiments? Est-ce que tu utilises de la couleur?
L'Eycorché, ravi de changer de sujet -et d'autant plus sur ce sujet- se redressa sur sa chaise et répondit avec entrain:
- Bah, tu sais, y a pas de quoi se vanter: ça m'a pris beaucoup de temps au total, mais en fait j'en fait juste un peu tous les jours, et avec plaisir, alors ça n'a rien de vraiment terrible en fait. Je dessine un peu de tout. En fait, ce que je dessine dépends uniquement du fait que je puisse m'installer confortablement.
Il s'arrêta un instant pour prendre du recul avec ce qu'il était en train de dire, puis continua:
- Mais c'est vrai que de temps en temps, des sujets m'attirent plus que d'autres. Le seul truc que je refuse de faire, c'est les portraits "posés", c'est-à-dire où la personne que je dessine se contente de sourire en me regardant. C'est pas naturel du tout...les gens sont bien plus beaux lorsqu'ils s'oublient un peu. Et pour la couleur, j'ai toujours quelques flacons de pigments avec moi, mais c'est assez compliqué à faire puisqu'il faut les mélanger avec une certaine dose d'oeuf, d'huile, d'eau...En plus, rien que les primaires sont très chères, alors je ne colore que lorsque le dessin me plaît particulièrement ou lorsque je suis payé pour.
Sid remarqua alors qu'il avait parlé sans discontinué depuis cinq minutes, et qu'il en avait encore beaucoup à dire. Craignant que l'attention de son associée ne s'émousse, il préfèra écourter:
- Attends, tu vas voir, c'est super joli...
Il plongea la main dans son sac à dos et en ressortit un grand morceau de gros tissu qu'il déroula. Il révèla trois petits flacons de la taille d'un pot de yaourt, rempli d'une poudre très fine, une bleue, une jaune, et une rouge. Leur couleur était d'une intensité très étrange, car on aurait presque dit que la poudre était flourescente. D'agréables nuances se dessinaient sur la surface dunelée.
- Voilà les pigments que j'utilise. Ouaaaaaahh...pardon, s'excusa Sid après ce baillement à s'en décrocher la machoire. Je suis fatigué, je vais aller me coucher...
Il rangea ses flacons précautionneusement, puis son bloc.
- Tiens, ta chambre c'est la...16. Moi jsuis à la 15. A demain!
Sans plus de cérémonies, il partit se coucher en se disant que la journée avait été fructueuse; et heureux d'avoir une nouvelle associée.

[si ça te dis, on peut reprendre le endemain, ou alors au jour de l'entrevue (dans ce cas on change de RP), ou alors direct au voyage!]
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MessageSujet: Re: Au delà du chantier [Fermé]   Sam 12 Jan - 18:14

Sid lui expliqua qu'il dessinait de tout au cours de ses voyages, faisant preuve d'une insatiable curiosité pour les gens, les cultures, la nature... Mihaïl était assez enthousiasmée par cette idée: dessiner, c'était regarder le monde d'une autre façon. Comme si cela permettait de comprendre les choses, de voir au delà des apparences. C'était peut-être lié au fait que Sid ne manifeste pas de préjugés et se montre respectueux de tous... Il semblait ravi de se lancer sur ce sujet, et parlait d'une voix passionée, multipliant les réflexions et les exemples. La golgoroth n'était peut-être pas une bonne interlocutrice sur ce sujet, ayant du mal à le relancer car elle n'y connaissait pas grand chose, mais elle savait écouter. Le jeune eycorché s'interrompit, et la regarda avec un sourire pleine de promesses:
"Attends, tu vas voir, c'est super joli..."
Il se pencha sur sa besace et en sortit avec précaution trois flacons enrobés de tissu. Ils étaient emplis de pigments d'une teinte éclatante. Mihaïl admira religieusement la couleur à l'état pur. Elle était toujours captivée par les tonalités révélées par la lumière, pour deux raisons: sa vue était peu précise et plongeait le monde dans un flou aquatique, mais les couleurs ressortaient d'autant plus, à la façon d'une toile impressionniste, et puis à Glargörl, le gris et le brun dominaient tout l'environnement. Découvrir un monde verdoyant, surmonté par la coupole d'un ciel bleu, la richesse des coloris des paysages et des maisons l'avait émerveillée. C'était l'aspect le plus beau de ce monde, la violence de sa palette. Et l'essence de tout cela tenait dans ces petits pots, sous forme de poudre! C'était du même ordre que la magie...

Sid bailla et l'avertit qu'il allait se coucher. Il lui tendit la clé de sa chambre et s'eclipsa promptement. Elle décida d'en faire de même, salua les clients et monta à l'étage pour plonger enfin dans le sommeil.
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